La revanche tarde toujours (1)

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J’ai toujours détesté les westerns. Et ceux qui les regardent. Ce doit être pour cela que j’ai toujours détesté mon Oncle Paul, un vieux bonhomme grincheux, célibataire, mal rasé, mal embouché, qui passait ses journées à ne faire que cela, regarder westerns sur westerns devant un poste de télévision aussi vieux que lui, mais auquel il avait fait raccorder l’antenne satellite qui lui permettait de passer d’une chaîne à l’autre, d’une langue à l’autre, d’un continent à l’autre, à la poursuite de toutes les diffusions de westerns de la planète, le tout sans bouger de son divan.
J’ai toujours détesté les westerns, mais cela n’empêchait pas ma mère de me mettre rituellement en vacances chez l’oncle Paul, tous les ans, en août. Histoire de se débarrasser de moi. Histoire aussi, sans doute, de faire tout ce qu’elle ne pouvait pas faire sous mes yeux, boire, recevoir des hommes, se mitonner des repas gargantuesques après lesquels, j’en étais sûr, elle s’endormait à même la table en ronflant tout ce qu’elle pouvait.
Donc, tous les mois d’août, comme une malédiction récurrente, je débarquais chez l’Oncle Paul avec mon sac de couchage, mes vêtements propres, mon envie de fuguer. Et quand je dis « je débarquais », ce n’est même pas une métaphore. Ainsi que chaque année, ma mère m’avait déposé sur le trottoir devant sa maison, m’avait collé un baiser rapide sur le front, avait démarré sans même entrer chez son frère qu’elle craignait, je crois. Et moi, je me retrouvais à sonner chez le vieil ours qui, ouvrant la porte tout en gardant son oeil rivé sur son écran, prenait à peine le temps de me regarder et retournait s’asseoir sans dire un mot, sans même me proposer de boire un verre de jus d’oranges.
Je connaissais la musique. Après un moment d’hésitation, j’entrais toujours, aussitôt du moins que mes narines s’étaient habituées aux effluves qui peuvent traîner dans une maison où vit un vieil homme seul avec lequel, apparemment, personne n’avait jamais vu une femme, un homme, peu m’importait. Au fond du couloir, à l’étage, je retrouvais ma chambre, exactement telle que je l’avais laissé en partant le dernier jour du mois d’août de l’an passé. Je jetais mes affaires dans un coin, je sautais sur le matelas qui était presque mon seul ami, je croisais mes mains derrière ma tête. Il me fallait toujours encore un peu de temps pour reprendre mon souffle, tellement j’étais en colère contre ma mère, mon oncle, le monde entier. Et puis, quand j’avais repris le contrôle de moi-même, je me tournais vers la bibliothèque, pour m’assurer qu’elle n’avait pas changé. Elle n’avait pas changé.
Sur ses rayonnages prêts à s’effondrer, les livres étaient toujours les mêmes, de vieux albums de bandes dessinées américains aux couleurs criardes, bruyantes, qui ne parlaient que de cows-boys, d’indiens, de cavaleries : des westerns encore…
Je soupirais. J’en connaissais les titres, que l’on voyait dessus les couvertures, sur leurs tranches fines, par coeur : « Revenge comes late », « Trio Grande », « Return of the Killers », « The Sheriff’s Birthday Party », et tant d’autres que j’en avais la nausée. Evidemment, je n’en ai jamais ouvert un, mais celui-là, « Revenge comes late », me plaisait bien. Du moins le titre me plaisait bien. Parce que même si j’étais bon dernier dans ma classe d’Anglais, j’avais compris le message, je me le retournais des heures dedans ma tête. La revanche tarde toujours, la revanche tarde toujours.
Elle ne tarderait plus, je le sentais. Le temps passait, et les années, et j’en avais assez de cette bicoque, de cette mère perdue dans sa folie, son alcoolisme de salon, de cet oncle à moitié idiot affalé devant son écran tel une chenille morte. Ma revanche arrivait. Je n’allais pas rester un mois de plus dans cet endroit, à supporter les bandes sons pleines de bruits de carabines, de youyous des indiens, que j’entendais quoi que je fasse. Je le savais, ma décision venait d’être prise, et déjà ma cervelle turbinait, à tricoter le scénario de ma vengeance.

Alternative 1 : En attendant, je décidais, pour une fois, une seule fois dans ma vie, d’ouvrir une bande dessinée, et tendis ma main vers la bibliothèque.

Alternative 2 : C’est là que je pris conscience du silence qui s’était installé dans la maison. Pour la première fois depuis que j’y venais, les indiens, les troupeaux, la cavalerie ne faisaient plus de bruit.

Alternative 3 : L’illumination ne tarda pas à arriver : c’était si simple que je n’y avais pas pensé auparavant.

Les nuits sont des jours comme les autres (1)

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Cette fois, on est lancé.

Bien sûr, il nous faut toujours un peu de temps pour démarrer, accorder nos tempos, nos humeurs, nos envies.

Tous les soirs, avant d’entrer sur scène, je me demande : Et ce soir ? Est-ce qu’on va y arriver ? Est-ce que la grâce va nous toucher, ou est-ce qu’on aura déjà été effacé de l’esprit embrumés des clients, demain matin ? Est-ce qu’ils ne se rappelleront de leur soirée chez Oncle Paul que le repas gargantuesque qui a fait connaître le club – avant même les musiciens ? Est-ce qu’ils se rappelleront seulement qu’il y avait un orchestre de jazz, chez Oncle Paul ?

Toujours la même question, et toujours pas de réponse. Ce piano, je le connais par cœur maintenant, il m’est si docile que parfois, lorsque je termine la dernière note du dernier morceau, j’oublie que les touches ne sont pas vraiment mes doigts ; j’oublie de me lever pour saluer, comme les autres, avant de disparaître par la petite porte du fond. Je reste assis une fraction de seconde encore, hébété – et la lumière donne alors en plein sur elle.

Ce n’est pas une illusion visuelle, ce n’est pas parce que je suis épuisé par la soirée, par la tension du jeu, par la difficile réintégration d’un corps qui n’est plus seulement un piano. La lumière la caresse, glisse en cascadant sur sa robe noire, illumine l’auburn de sa chevelure retenue en arrière ; elle est la grâce.

Contrebasse et piano – on pourrait croire que la grâce est réservée au piano, plus noble. Mais pas avec elle ; quand je joue, quand elle joue, c’est elle qu’on regarde. Je sais que quand je rentrerai chez moi, mes doigts continueront longtemps à tricoter, imaginant la douceur des touches d’ivoire, cherchant la grâce ; encore et toujours.

1ère proposition :

Ce soir, j’ai pris ma décision : j’irai lui parler.

2ème proposition :

Mon problème, c’est d’être un rêveur, on me l’a toujours dit. Mais je crois que la réalité a fini par me rattraper. J’ai vu passer Fred, tout à l’heure ; il avait l’air soucieux.

3ème proposition :

Il arrive un moment où l’excès de beauté, de pureté, de grâce – appelez ça comme vous voulez – devient insupportable. Il faut trouver une solution ; une solution définitive.

Massaba

Massaba tenait toujours mais son aspect avait changé. Aucun vent dans les étendards des portes de la ville, aucun troupeau sous les remparts, aucun message d’alerte à mon arrivée.

J’allais voir Chalem, j’espérais qu’il puisse encore parler. Je traversais la ville en m’efforçant de ne pas céder au vide et j’agitais ma crécelle pour n’y pas succomber. Chalem était chez lui et il m’avait entendu. Il me fit asseoir et fit un signe aux femmes qui disparurent puis revinrent, l’une apportant de l’eau et l’autre quelques fruits secs. « J’arrive de Tor et de Séhyr, dis-je, le mal est là-bas. Et maintenant ici. » J’attendais que Chalem parlât et sa voix n’était plus qu’un murmure.

« D’abord, me dit-il, les oiseaux ont quitté la ville et puis ce sont nos femmes qui on oublié leurs chants. et puis le vent n’a plus actionné la meule et puis l’eau s’est faite rare. Nous avons fait partir les enfants et aucun n’a crié ni pleuré. Le Silence, il est venu comme le plus terrible des vents du désert. »

Je regardais les femmes qui m’avaient oublié et l’étrangeté de leurs gestes maintenant que rien, ni les bijoux qu’elles portaient, ni l’étoffe qu’elle travaillaient, ne faisait aucun bruit. Massaba tenait toujours mais l’humanité muette, insolite et monstrueuse qui y survivait, n’était déjà plus dans les autres cités. Ailleurs chacun attendait que la vie cesse avec résignation.

Massaba n'avait plus de raisons de vivre…

Massaba tenait toujours, mais son aspect avait changé. La belle femme qui croquait la vie et dont le sensualité brûlait de désir nos corps avait disparu. Massaba était faible. Personne n’osait dire décharnée. Notre idole se battait comme un démon contre la blessure, contre la gangrène et contre la vieillesse. Nous avions cru qu’elle serait immortelle à force de rester la même toutes ces années. Il n’y avait pas eu de combats de trop. Il n’y avait pas eu d’excès. Il n’y avait pas eu de risques inutiles. Massaba était tombée amoureuse. Jamais une telle folie ne lui était arrivée, elle, la femme forte et insensible qui jouait avec la vie. L’amour l’avait dévorée puis emportée dans des territoires inconnus. Elle s’était livrée sans crainte à la douceur des sentiments. Joie et jouissance se mélaient avec tonnerre pour le bonheur de tous. Puis l’homme avait ri avant de la quitter. Tous les élans vitaux de Massaba s’étaient arrétés. Nets. Nous étions tous tristes et désespérés de la voir s’enfuir du monde lentement mais sûrement. Nous étions prêts à la pleurer et à la suivre dans la mort. Chacun attendait que la vie cesse avec résignation.

contrainte : écrire un texte de 10 à 15 lignes complétant les deux propositions en italiques, tirées de La Tragédie du Roi Tsongor de L. Gaudé.

Massaba tenait toujours…

Massaba tenait toujours, mais son aspect avait changé. C’était devenu un champ de ruines, une scène d’apocalypse, quelque chose sans nom en fait, un cauchemar au sein duquel nous essayions de faire comme si chaque mur brûlé, chaque rue défoncée, chaque moignon d’arbre, et les devantures des magasins pillés, que nous avions peut-être pillés nous-mêmes d’ailleurs, dont nous avions oublié que nous les avions pillés, ne nous racontaient pas, cependant que nous allions d’un quartier à l’autre pour essayer de survivre, de faire semblant au moins ; ne nous racontaient pas la vie d’avant, les feuillages bruissant d’abeilles le long des avenues, les vieux assis tranquilles dessus leurs bancs, les rires des enfants dans les jardins, les cours d’école, les marchés du matin où nous trouvions des fruits, de véritables fruits alors qu’à présent, ce qui pendait des rares arbres épargnés était d’autres fruits, des corps en fait, des corps pourrissants dont il nous arrivait de penser qu’ils étaient d’abord de viande, de viande qui cuite peut-être… enfin des fruits, des corps, ceux des pillards justement pendus maintenant sans jugement, sans coup férir, parce que nous savions plus quoi faire pour éviter que tout explose, aille à vau l’eau ; ne nous racontaient pas ce qu’avaient été nos vies d’avant, avant tout cela qui était devenu presque normal, banal, quotidien certainement, ce qui faisait que nous ne faisions plus d’efforts, ne pensions plus que les choses pouvaient changer, redevenir telles qu’elles étaient dans ce passé qui se fondait lentement, chaque jour un peu plus, dans le grand rien du temps où nous allions aussi, certainement, nous fondre. Ainsi si Massaba tenait toujours, nous savions bien que ce n’était plus pour longtemps. Chacun attendait que la vie cesse avec résignation.

contrainte : écrire un texte de 10 à 15 lignes complétant les deux propositions en italiques, tirées de La Tragédie du Roi Tsongor de L. Gaudé.

Un nouveau pour le 15 août

Je le trouve fascinant. En plus, il a une voix grave et chaude comme je les aime. J’ai eu des frissons.

Bon, je n’ai pas tout compris. Il a utilisé des mots compliqués. C’est époustouflant d’écouter toutes ces idées qui s’enchaînent si facilement. Je le trouve très intelligent.

Il est un peu brouillon, non? Ces mouvements désordonnés avec les bras, ils donnent le tournis. Du coup, j’ai décroché. Je suis sûre que c’est pour cela que je n’arrivais plus à suivre son discours si brillant. Je hochais bêtement la tête pour faire celle qui écoute et approuve. Il a dû me prendre pour une conne.

Il est bizarre avec ses cheveux, non? Vous ne pensez pas qu’il est homo? Il aime peut-être aussi les filles?

En même temps, son coté poseur qui se la joue intello cool et très proche du peuple, ça me gave! Je lui aurais bien mis une baffe! Par contre, son coté motard décontracté ne cadre pas avec le reste du personnage. J’avoue craquer pour son look de loubard attardé. Je me laisserais bien tenter par un tour en moto…

Contrainte: de vieux amis réunis dans une maison de campagne pour le 15 août. Un importun est invité.

Crypto-slip : essai de définition raisonnée

Le crypto-slip est, à l’origine, une savoureuse erreur de traduction, commise par des éditeurs de bandes dessinées des îles Samoa, en 1957.

Lors des premières parutions du comics Superman dans ce sympathique archipel, les traducteurs locaux, peu au fait de la science-fiction américaine, eurent tendance à retranscrire un peu trop littéralement certains dialogues – notamment ceux impliquant le terme Kryptonite. « Nite » signifiant « culotte » en maori, et Superman paraissant toujours engoncé dans des collants trop petits, certaines bulles se retrouvèrent, par exemple, affublées des dialogues suivants :

« Ah, Loïs ! Ce crypto-slip est ma faiblesse. Je sens qu’il m’enlève toute ma puissance. Mais rassurez-vous, je serai à la hauteur. Je ne mollirai pas ! »

Ce qui explique le classement de ces ouvrages au rayon pornographie, jusqu’à la découverte de l’erreur, en 1969 seulement.

P.S. Ce modeste texte est dédié à Julien B. « Julien, tu nous as quittés trop tôt, trop jeune, trop blond. Nous ne t’oublierons pas. »
P.P.S. Superman, Kryptonite, Nike et Boursin sont des marques déposées de la World Company. Et tout ce qui est dit dans ce post est faux (îles Samoa, je vous aime !), sauf certaines phrases, notamment celles concernant Julien B.

Nous étions au Starbucks

Nous étions au Starbucks quand le Staff Manager entra, suivi d’un nouveau. Nous reluquâmes le gars. Il ne baissa pas le regard de suite. Je sus immédiatement que ça passerait mal entre lui et moi. Ce n’était pas la première fois.
Le Staff Manager fit son laïus sans même sembler y croire puis il partit se planquer dans son trou. Quand il passa la porte, Jeff cracha sur le sol. Nous savions tous qu’un jour, le tour du Manager viendrait.
Le nouveau restait là, les bras ballants, assis dessus sa chaise comme un chien mort. Il regardait sans dire un mot le café tiède que le Manager venait de lui payer avant de nous le laisser entre les pattes.J’ai attendu encore pour que le silence pèse au moins une tonne, puis je suis passé à l’attaque. « Viens », que j’ai dit au nouveau en me levant, « faut qu’on cause. » Comme il avait un peu de jugeotte et qu’il avait bien saisi qui était le chef ici, il s’est levé aussi et m’a suivi sous les sourires des autres.
Nous sommes entrés dans la réserve. On ne voyait qu’à peine les rayonnages. Il marchait juste derrière. Quand j’ai entendu claquer la porte, je me suis arrêté et, me tournant d’un seul coup, je lui ai balancé mon poing dans la figure. Il n’a rien vu venir, il est tombé avec entrain. J’ai profité de l’occasion pour lui shooter au creux du ventre, et ça a fait un bruit tout mou.
Après, j’ai saisi son col, j’ai tiré jusqu’à ce que son visage soit collé au mien, et j’ai juste dit « Un mot et t’es mort ». Son nez était une fraise toute éclatée. Je l’ai lâché, je suis ressorti. Juste avant de passer la porte, j’ai encore dit : « T’as cinq minutes pour me rejoindre, je ferai la visite. » Puis je suis retourné à mon poste à la banque de prêt. J’aime pas les nouveaux.
Contrainte : à partir de l’incipit de Mme Bovary : « Nous étions à l’étude quand le proviseur entra, suivi d’un nouveau… »

15 août comme d'habitude

Au final, je n’ai rien su de lui, rien gardé. Je n’ai plus que son image dans moi, qui s’efface lentement. Je n’ai plus que mes souvenirs, qui bougent encore un peu et finiront par mourir, eux aussi, avec moi, en même temps que moi.

Ca c’est passé comme ça, alors que nous en étions au traditionnel apéro du non moins traditionnel repas qui terminait le tout aussi traditionnel week-end du 15 août, celui que nous passions tous ensemble depuis si longtemps que je ne savais même plus quand cela avait commencé.

J’en étais à me demander si j’allais mourir d’ennui tout de suite, ou juste après les apéricubes, quand l’orage a éclaté dehors, si violent que nous sommes allées à la fenêtre pour voir cela. C’est là qu’il est arrivé, venant d’on ne savait où, courant sur le chemin sous la pluie folle. J’ai senti sa quête d’un abri, j’ai couru vers la porte pour l’ouvrir, pour lui crier de venir se mettre au sec. J’ai bien senti, à cet instant, les regards lourds des autres posés sur mon dos, leurs sourires en coin, ce qu’ils pensaient de moi à cet instant. J’ai fait comme si cela n’avait nulle importance, j’ai refermé la porte derrière lui, je l’ai regardé dans les yeux.

Ce dont j’ai souvenir ensuite est peu de choses : quelques mots échangés, un verre ou deux, le poids des habitudes avec les autres. Dans son coin, près de la cheminée éteinte, il me regardait sans cesse. Je n’ai pas saisi l’occasion.

Après, ça a été la fin de l’averse, le sol qui fumait, le soleil revenu. Il a fini par sentir qu’il était de trop. Il s’est levé, a remercié pour les verres, les rires, l’accueil. Je suis allée avec lui jusqu’à la barrière, me demandant à chaque pas si j’allais revenir dans la maison.

Je me suis arrêtée à la barrière. Il n’a pas bronché, a continué jusqu’à l’horizon. Quand je suis revenue, mon mari me servait un autre Martini.

Contrainte : de vieux amis réunis dans une maison de campagne pour le 15 août. Un importun est invité.

Une histoire d'amour… sur le Parvis de la Cathédrale de Tours

Comment ai-je pu retomber dans l’illusion des amours d’été? Je ne veux plus continuer cette histoire sans avenir. Je ne dois plus. Je vais tout arrêter, c’est sûr, plus d’hésitations à avoir. Il est très mignon Alexandre mais si jeune, trop jeune pour moi. Sa naïveté et sa fougue pleine de maladresses m’ont conquis. Il dit que je suis belle, peu importe mon âge pour lui. Et pourtant, c’est mal! Je vais rompre mais comment lui annoncer?

Je dois faire simple et direct. Je ne supporte plus son enthousiasme juvénile, sa propension à briser les objets où à dire des bêtises sans sans rendre compte. Je fulmine encore plus quand il me dit de rester calme, de ne pas élever la voix et de comprendre qu’il a beaucoup de choses à apprendre. Je n’en peux plus d’avoir à le reprendre sans cesse et d’avoir à tout lui expliquer. C’est vrai qu’il ne peut pas tout connaître…

Je me suis laissée avoir comme une adolescente à cette fête de la musique. Il chantait faux mais avec une telle conviction et un tel regard de désir envers moi… Mais ce soir, je dois rompre, je vais essayé, je dois y arriver. Ce rendez-vous sur le parvis de la Cathédrale m’énerve, toujours ses idées pseudo-romantiques. Tours recèle pourtant d’autres lieux plus propices aux marivaudages et surtout plus discrets.

Finalement, ce lieu est une chance. Je dois en profiter pour y terminer notre histoire d’amour. C’est trop beau. Il faut que nous rompions avant le feu d’artifices du 15 août. Il s’imagine déjà une soirée langoureuse sous les étoiles filantes à attendre la féerie de fusées. Ce soir, 12 août, je dois être courageuse, dans 3 jours, j’ai 44 ans et cela je ne peux pas lui dire.

une histoire d’amour avec les contraintes avec les contraintes suivantes: âge (12 et 44 ans) ; événement (annonce de rupture), temps (12 août en fin de soirée), lieu (parvis de la Cathédrale de Tours) et caractères (colérique et maladroit).